Almadina Concept

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09.04.2009 - Sécurité Alimentaire : Le béton grignote les terres agricoles

La Rubrique – Le Développement Durable :

 

Sécurité alimentaire :

 

Le béton grignote les terres agricoles

 

Les zones cultivables représentent quelque 12% du territoire national

 

«Dans un futur proche et l'avenir nous le dira, un pays qui possède et sait préserver son espace agricole productif détient les moyens stratégiques de sa sécurité alimentaire et de sa pleine souveraineté », lance Mohamed WAKRIM, ingénieur agronome et Secrétaire Général de l'association «Forum 21 pour l'environnement et le développement durable».

Face aux impacts du changement climatique et l'explosion démographique qui verra la population mondiale atteindre 9 milliards d'habitants à l'horizon 2050 selon la FAO, plusieurs Etats, soucieux de garantir une sécurité alimentaire à leurs populations, se sont lancés dernièrement à la recherche de terres cultivables. «Près de 8 millions d'hectares ont été loués ou acquis à l'étranger par une poignée de pays à la recherche de terres cultivables», indiquait, en décembre 2008, Grain, une ONG internationale pour la promotion de la biodiversité agricole, basée à Barcelone. Sur la liste des Etats ayant acheté ou loué des terres agricoles dans des pays en voie de développement, Grain cite notamment la Corée du Sud, le Japon, l'Inde, la Chine, etc. Qu'en est-il tout près de chez nous ? Au Maroc, en fait, les chiffres officiels indiquent que, sur une superficie totale de 71,085 millions ha, moins de 40 millions ha représentent des terres à vocations agricole, pastorale et forestière. La Superficie agricole utile (SAU) couvre 8,7 millions ha, les forêts 5,8 millions, les nappes alfatières 3,2 millions et les parcours aménageables 21 millions.

Alors que les terres agricoles cultivées ne représentent que 12% du territoire national, dont 13% seulement sont mis en valeur sous irrigation, tandis que le reste (soit 87% du potentiel) est exploité en «bour» (non irrigué) et soumis, à des degrés divers, à une dynamique de dégradation par l'érosion hydrique ou éolienne, l'ensablement, la salinisation et d'autres phénomènes de désertification, etc.

Le paradoxe c'est que souvent, ce sont ces espaces limités qui sont la cible privilégiée de l'urbanisation. A titre d'illustration, et selon l'Office régional de mise en valeur agricole de Tadla (ORMVAT), le bâti dispersé est passé de 932 ha en 1986 à 2.284 ha en 2004, soit une extension moyenne de 79,5 ha/an. Les agglomérations et les villes ont occupé 6.750 ha, soit une extension moyenne annuelle de 83,5 ha/an. «Face à cette situation, nous devons savoir si le projet de code de l'urbanisme, depuis longtemps dans le circuit de procédure, va-t-il dans le sens de l'application de la loi 12-90, relative à l'urbanisme en ce qui concerne la préservation des zones agricoles et forestières dans le cadre les documents d'urbanisme?», ajoute M. Wakrim, qui appelle en même temps à un débat national urgent sur ce mouvement d'urbanisation débridée qui menace les terres agricoles.

A ces interrogations, le ministère l'Habitat, du l'Urbanisme et de l'Aménagement de l'espace répond: « Le projet de code de l'urbanisme contient des dispositions qui protègent les terres agricoles et forestières. Le Schéma directeur d'agglomération (SDA), un document qui fixe les orientations de l'aménagement de l'espace urbain et des zones avec lesquelles il entretien des relations, notamment, économiques et sociales, détermine, parmi d'autres, les terres agricoles et forestières à préserver. Le SDA comprend, notamment, des cartes des secteurs où toute urbanisation est interdite».

La même source ajoute, par ailleurs, que «le Schéma d'orientation de l'aménagement, ce document qui s'applique à des territoires à caractère spécifique autres que les agglomérations, telles que les oasis et les vallées, fixe, entre autres, les périmètres de développement des activités agricoles, forestières, etc. Même le plan d'aménagement, qui est un document qui fixe les règles d'utilisation des sols aussi bien dans les territoires urbains que ruraux, définit, lui aussi, les terres agricoles et les zones forestières à préserver».

Ceci étant pour l'avenir, il n'en demeure pas moins que l'évolution actuelle des choses est préoccupante.

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Des chiffres alarmants

L'extension des villes se fait aux dépens des terres agricoles de bonne qualité pour l'agriculture. En 2004 et selon le ministère de l'Agriculture, sur 63 projets d'extension urbaine autour de villes qui avaient prévu 65.518 ha, 36.264 ha de terres agricoles (dont une bonne partie est équipée pour l'irrigation dans les zones d'action des Offices régionaux de la mise en valeur du Tadla, de la Moulouya et du Gharb) et de forêts ont été incluses comme espace urbanisable. Quelque 45% (16.567 ha) de la superficie incluse a été effectivement retenue pour l'urbanisation. Toujours d'après le ministère, la superficie annuellement «grignotée» par les différentes formes d'urbanisation est estimée à 4000 ha. Les opérations immobilières représentent 45,75%, l'industrie et l'équipement 25% et le tourisme 12,5%.

Source : Le Matin



09/04/2009
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