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04.03.2010 - CLIMAT : Le départ d'Yvo de BOER accroît la confusion

La Rubrique – L'Environnement :

 

Climat :

 

Le départ d'Yvo de BOER accroît la confusion

Le secrétaire exécutif de la Convention cadre des Nations unies sur la changement climatique (UNFCCC), Yvo de Boer, lors d'une conférence de presse à Bonn (Allemagne), le 17 novembre 2008.

La nouvelle a électrisé la "galaxie climatique" : Yvo de Boer démissionne. Le départ du secrétaire exécutif de la Convention cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique (CCNUCC) retentit comme le constat de l'échec de la Conférence de Copenhague, en décembre 2009. Il secoue un peu plus la grande négociation planétaire, à un moment où la confusion sur ses perspectives est totale.

 

Il est assez rare qu'un haut fonctionnaire des Nations unies parvienne à acquérir un statut réellement public : M. de Boer avait réussi cette performance, porté par l'attention de plus en plus grande des politiques et des opinions publiques à la négociation climatique.
Néerlandais, âgé de 56ans, il avait eu, jusqu'à son arrivée à la tête de la CCNUCC, en 2006, un parcours lisse de fonctionnaire rompu aux codes – et à la discrétion – de la diplomatie.

 

Après des études en Angleterre, il avait intégré l'Agence des nations unies chargée de l'urbanisme (UN-Habitat), avant de revenir au ministère néerlandais de l'environnement, dont il était, depuis 1994, le responsable du département climatique. C'est de là qu'il contribua à élaborer la position européenne pour le protocole de Kyoto, signé en 1997, avant d'être choisi, en 2006, pour diriger la CCNUCC, dont le siège est à Bonn (Allemagne).

 

HOSTILITÉ DES PAYS DU SUD

 

Dès son arrivée, il a tranché avec le style réservé de ses prédécesseurs, le Maltais Michael Zammit Cutajar, et la Néerlandaise Joke Waller-Hunter : d'entrée de jeu, il a placé sa photo sur le site Internet du secrétariat, cultivé la communication, accordé aisément des interviews. Cette mise en avant s'est cristallisée de façon inopinée dans une image : lors de la Conférence de Bali (Indonésie), fin 2007, vêtu d'une chemise à fleurs, épuisé par plusieurs nuits blanches, il a fondu en larmes devant l'assemblée des négociateurs sous les reproches acerbes d'un délégué chinois.

 

Mais M. de Boer n'a pas réussi à gagner une vraie popularité auprès de la communauté des diplomates climatiques. "Son contrat arrivait à échéance en 2009, raconte un diplomate européen. Il était très critiqué : il était trop politique, sortait trop de son rôle. Pas mal de gens voulaient qu'il parte, mais avant Copenhague, cela aurait été un mauvais signal." Il est donc resté, pour un an, son nouveau contrat arrivant à échéance en septembre 2010.

 

Mais c'est pour une raison de fond qu'il s'est attiré l'hostilité de nombreux pays du Sud: "La CCNUCC n'a pas joué son rôle, dit Sunita Narain, du Centre pour la science et l'environnement de New Delhi. A la fin de 2009, les pays du Nord ont commencé à dire qu'il fallait abandonner le protocole de Kyoto, et Yvo de Boer n'a pas réagi fortement : il a perdu la confiance de beaucoup de gens à ce moment."

 

Rien ne s'est arrangé durant la Conférence de Copenhague : M. de Boer n'a pas réussi à prendre la main face à une présidence danoise très directive, quoique très maladroite. Il a été marginalisé, ce qui a conduit à l'accord de Copenhague, un texte sans statut juridique et mal accepté par les pays du Sud.

 

Quoi qu'il en soit, M. de Boer part au moment adéquat : il a laissé passer le 31 janvier, et la remise par une cinquantaine de pays, représentant 78 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, de leurs plans de réduction. Et il part assez tôt pour laisser un successeur s'installer et préparer la conférence de novembre au Mexique. Officiellement, il reste en poste jusqu'au 1er juillet, après quoi il passera dans le secteur privé, rejoignant le consultant KPMG.

 

PARALYSIE

 

L'événement n'en est pas moins le symptôme de l'incertitude qui entoure les négociations. "Tout le monde se demande comment la discussion va continuer, dit Laurence Tubiana, présidente de l'Institut du développement durable et des relations internationales (IDDRI). Les grands pays émergents réunis dans le "Basic" (Brésil, Afrique du Sud, Inde, Chine) poussent pour reprendre la négociation au sein de la CCNUCC, les Etats-Unis s'interrogent, le Mexique essaye de faire un compromis. Tout est confus." Car si l'Inde et la Chine ont remis leurs plans d'action comme le prévoyait l'accord de Copenhague, elles ne l'ont pas formellement endossé et demandent à ce que l'on reprenne la négociation dans le cadre des Nations unies. L'Europe semble paralysée.

Quant aux Etats-Unis, ils devraient rester en retrait : il y a peu de chances que Barack Obama parvienne à faire adopter son projet de loi sur le climat par le Congrès en 2010. Or, c'était la condition qu'il posait pour s'engager clairement dans un traité international. L'envoyé spécial des Etats-Unis pour le climat, Todd Stern, a ainsi jugé le 9 février qu'il ne fallait pas s'attendre à un traité "légalement contraignant" au Mexique à la fin de l'année.

 

Deux tentatives sont lancées : le Mexique constitue un "groupe des amis du président" pour trouver un accommodement entre les Etats-Unis, qui jugent que l'accord de Copenhague est la pierre de touche de la négociation, et les pays du "Basic", qui veulent en revenir au processus de discussion au sein des Nations unies.

D'autre part, le premier ministre britannique, Gordon Brown, et son homologue éthiopien, Meles Zenawi, ont lancé le 12 février un "groupe de haut niveau sur le financement", pour étudier comment lever 30 milliards de dollars (22 milliards d'euros) rapidement pour les pays pauvres comme le prévoyait l'accord de Copenhague.

Mais rien de cela n'est décisif. La négociation climatique est dans un trou d'air. La démission de M. de Boer a le mérite de le faire savoir. Une bonne communication…

Source : Le Monde



04/03/2010
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