Almadina Concept

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06.03.2009 - Eclairage : Le chômage gangrène l'Espagne

La Rubrique – La Conjoncture :

 

Le chômage gangrène

l'Espagne, il y a peu

championne de la

création d'emplois

Face à la déferlante du chômage, le gouvernement espagnol a décidé d'ajouter, vendredi 6 mars en conseil des ministres, sept nouvelles mesures "urgentes" à la bonne soixantaine que contient déjà son "plan pour la stimulation de l'économie et de l'emploi", baptisé Plan "E".

Ce nouvel effort de 1,5 milliard d'euros consiste en une série d'aides à l'emploi, notamment par le biais d'exonérations de charges sociales pour les entreprises qui embaucheront des chômeurs. Ainsi, la durée du gel des cotisations pourra atteindre trois ans en échange de contrats de travail à durée indéterminée.

Il est vrai que la dégradation du marché du travail ne connaît pas de pause. Avec 154 000 chômeurs de plus en février, le nombre des demandeurs d'emploi frôle désormais les 3,5 millions, soit une hausse de 50,3 % en un an. Et les perspectives sont sombres. Selon une étude de la banque BBVA, présentée le 3 mars, le nombre de chômeurs devrait atteindre 4,5 millions en 2010, soit 19,7 % de la population active. Des analystes de la fondation Funcas (caisses d'épargne) prédisent que le seuil des 4 millions de chômeurs sera franchi dès cet été. Ce pronostic pessimiste est partagé par les organisations syndicales, mais rejeté par le gouvernement. Ce dernier espère toujours pouvoir stabiliser le taux de chômage sous les 15 % en 2009.

Le ministre du travail et de l'immigration, Celestino Corbacho, constate que "février a été moins mauvais que janvier", un mois qui avait vu la disparition de 198 000 emplois. Le gouvernement socialiste de José Luis Rodriguez Zapatero espère surtout que son plan d'investissement dans des grands travaux aura des effets sur l'emploi dans le BTP "à partir de mai". Le secteur de la construction a été le plus durement touché depuis l'éclatement de la bulle immobilière, puis la crise financière. En février, le rythme des suppressions d'emplois s'y est ralenti, avec la perte de 24 600 postes de travail, alors que l'hémorragie affecte maintenant les services (88 654 nouveaux chômeurs).

"UNE RÉFORME GLOBALE"

Passé de 7,9 % à l'été 2007 à 13,9 % fin 2008, le taux de chômage en Espagne est le double de la moyenne de l'Union européenne. Le pays, qui créait 50 % des emplois de toute l'Europe ces dernières années, est devenu, selon la presse, "une machine à détruire les emplois". M. Corbacho reconnaît que "seulement deux chômeurs sur dix ont une forte probabilité de trouver un poste de travail dans les prochains mois".

Autre signe de mauvaise santé économique, le nombre des cotisants à la sécurité sociale a diminué de plus d'un million en un an. Et les dépenses pour indemniser le chômage ont explosé. En janvier, les caisses d'allocations chômage ont déboursé 2,5 milliards d'euros, soit une augmentation de 63 %, alors que près d'un demi-million de chômeurs ne touche aucune aide. A ce rythme, le "matelas" dont pouvait se prévaloir l'Espagne après des années de forte croissance et d'excédent budgétaire est déjà bien dégonflé. Le gouvernement a prévu d'abonder cette année le budget des caisses d'allocations chômage de dix milliards d'euros pour qu'elles puissent faire face aux demandes de prestations.

Avant même son adoption, le nouveau paquet de mesures gouvernemental a été jugé "insuffisant" par les partenaires sociaux. Les syndicats estiment que les exonérations de charges sont un cadeau aux entreprises sans assez de contreparties pour protéger l'emploi. Pour leur part, les responsables de l'organisation patronale CEOE, le Medef espagnol, préféreraient "une réforme globale" du marché du travail. Le patronat revendique davantage de flexibilité et une réduction du coût des licenciements. La Banque d'Espagne avait fait une recommandation en ce sens, il y a trois semaines. L'Organisation pour la coopération et le développement économique (OCDE) vient de la reprendre à son compte dans une note sur l'économie espagnole.

Les partenaires sociaux n'ont pas réussi à rapprocher leurs points de vue malgré de nombreuses heures de discussions au sein d'une "commission de dialogue social", nouvellement mise en place et présentée par le gouvernement comme l'une des armes anticrise.

Source : Le Monde



06/03/2009
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