Groupe Almadina Concept

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10.03.2010 - Régionalisation : Le territoire, un vecteur de compétitivité

La Rubrique – Le Développement Durable :

 

Régionalisation :

 

Le territoire, un

vecteur de compétitivité

 

Le débat autour de la

régionalisation

ne peut se confiner à une

unique question de nombre.

 

Cela relève tout simplement du bon sens. Les affaires des citoyens ne peuvent être gérées qu'à forte dose d'implication de leur région dans la prise de décision. Le Maroc l'a depuis longtemps compris.

Pour une approche de complémentarité

La régionalisation, processus en maturation, est un argument pour le Maroc dans ses ambitions géostratégiques, notamment en ce qui concerne le statut avancé avec l'Union européenne. Le discours royal du 3 janvier dernier a joué le rôle de déclic mettant en branle tout un arsenal de réflexions et de débats sur le sujet et a instauré un organe ad hoc à savoir la Commission consultative de la régionalisation (CCR).


La mixité même de ses 22 membres, qui viennent de domaines différents, dénote de la volonté d'élargir le spectre des contributions. Cet aboutissement est le fruit d'un long mûrissement.

Depuis l'indépendance et jusqu'à la fin des années 1990, le souci majeur était celui de la construction de l'Etat nation. Ce processus ne pouvait être dissocié de son pendant démocratique grâce à la décentralisation. «Car les pouvoirs publics devaient faire en sorte que les réformes soient menées avec le minimum de heurts et beaucoup de concertation», argue Aziz Chahir, politologue.

Ça n'a pas été toujours facile. Le territoire en tant que lieu de souveraineté de l'Etat a connu cette inévitable évolution dictée par celle que connait le monde, sa politique et son économie. En témoigne, la nouvelle configuration de maillage intercommunal qui se tisse plus ou moins indépendamment des structures étatiques. Des communes et régions nouent des partenariats qui dépassent les frontières de leurs pays. Un choix qui répond uniquement aux affinités économiques, voire culturelles. D'où l'importance pour le Maroc, et loin des considérations politiques, d'avoir une organisation régionale avec des prérogatives claires et respectant les spécificités locales. Toujours, dans le même souci d'avoir des pôles de développement interactif avec autant d'interlocuteurs économiques valables.

Evolution à moindres soubresauts

Le débat sur la régionalisation au Maroc n'est pas nouveau. La région a été érigée en choix stratégique depuis 1971 avec la création de sept régions. Après vingt ans, en 1992, elle a été portée au rang de collectivité locale. Un aboutissement qui connaîtra sa pleine expression en 2002, année où elle a été consacrée comme base du développement économique. Quatre ans après et pour la première fois, la Loi de finances 2006 a réservé une ligne budgétaire dédiée aux 16 régions que compte aujourd'hui le pays. Voilà, succinctement, l'évolution certes émaillée de va-et vient et périodes transitoires que le processus a connue en presque quatre décennies. Il s'est avéré, néanmoins, que la régionalisation n'était que le prolongement du pouvoir central sans définition claire des prérogatives qui devraient lui être reconnues. Le président de la région n'avait presque aucun pouvoir. Pour Ali Sadjari, président du Groupement de recherche sur l'espace et le territoire, ce mode de gestion hybride n'avait en fait qu'une fonction pédagogique pour préparer une nouvelle expérience ayant débuté en 1997. Des incertitudes planaient jusqu'alors sur plusieurs aspects. On en citera la composante dimensionnelle du territoire, le statut des régions, la nature et l'étendu des pouvoirs, le financement, le découpage régional, les champs d'attributions de la région. S'y ajoutait une mauvaise connaissance des champs de convergence entre régions, accentuée par une dilution de la responsabilité.

Entre-temps, le Maroc a changé, autant d'ailleurs que les Marocains. Cette ambition collective de changement trouvait son expression dans des chantiers sociétaux de grande envergure comme la Moudawana ou l'INDH. Sans perdre de vue cette propension au renouvellement des mécanismes de gestion. Au cœur même de cette logique de rupture avec le passé, la régionalisation tend vers une nouvelle approche territoriale qui privilégie l'apport des acteurs locaux marié à la mise en cohérence des politiques publiques. Comme en politique où les programmes doivent émaner des bases, il est du ressort du bon sens que la région puisse se construire autour des réalités et vocations locales.

Aplanir les inégalités entre régions

Mais comment donner du sens à cette régionalisation que l'on veut respectueuse des spécificités marocaines ? Au-delà des prérogatives, devrions-nous avoir plus de régions comme le prône un parti comme le PJD ou plutôt moins comme le veut le PPS ? Ramener le débat à sa composante arithmétique serait, selon Sedjari, réducteur bien que la tendance dans le monde penche plutôt vers des régions plus ramassées en terme de nombre. Le découpage n'étant en fait qu'une question parmi d'autres qu'il va falloir éloigner des considérations purement électoralistes.

Les partis politiques sont invités à mettre la main à la pâte en se détachant, bien qu'à contrecœur, des urnes. Aussi faudrait-il commencer par déblayer le terrain en clarifiant les rapports entre l'Etat et les acteurs régionaux ainsi que les champs d'attributions de la région, améliorer la gestion locale des ressources humaines, celle de la fiscalité locale et enfin pallier à cet enchevêtrement des compétences responsable de lourdeurs administratives. Pour Sedjari, la région doit avoir une vocation économique, le social et la sécurité serait de l'apanage de la province et la préfecture, tandis que la commune doit être essentiellement vouée à mettre en relief les caractères culturels et être en même temps une source de solidarité supplémentaire. Il est aussi clair comme l'eau de roche que la crédibilité même de la région dépend de celle des élus qui en seront responsables. Ces derniers doivent avoir des profils de gestionnaires capables de produire des idées et les traduire en projets en respectant la vocation économique de chacune de leurs régions.

Ceci bien évidemment dans le sens où le territoire est conçu comme une valeur et non le corollaire d'une compétition politique pure et dure.
Mais comment rendre le territoire compétitif si l'on sait que les budgets de 90% des 1503 communes que compte le pays servent à payer les salaires ? La question des moyens est cruciale tout autant que la capacité des collectivités locales à drainer des fonds et nouer des partenariats au Maroc ou avec l'étranger. Dans un Maroc régionalisé, le souci majeur sera de garantir un développement harmonieux de l'ensemble de ses régions avec le minimum possible de disparités et clivages entre le monde rural et la ville.

Des mécanismes de régulations et de solidarité entre région ne seront, dans ce cas-là, pas de trop. Ce système de vases communicants a donné ses fruits à Rhamna, par exemple, où la fondation du même nom de la région a su faire converger les potentiels des différents acteurs locaux, gouvernementaux et associatifs pour en faire un meilleur usage. Il s'agit, toutefois, d'un cas isolé que l'on ne peut reproduire sans avoir un réel leadership local. Aux yeux d'Abdelaziz Roumani, chercheur et membre du PAM, la priorité est d'approfondir la démocratie et crédibiliser les institutions élues. Pour lui, le pays ne peut plus tolérer les ratages du passé et les rendez-vous manqués avec des réformes comme celles de la justice et de l'enseignement ou encore la lutte contre la corruption. Pour lui, le plus difficile n'est pas de trouver la bonne répartition territoriale, le financement qu'il faut pour la région ou encore de définir les prérogatives, ce qui compte le plus c'est de commencer par une nécessaire réconciliation entre le citoyen et les institutions.

Enfin, nul ne peut être réfractaire à une régionalisation qui doit rapprocher l'administration du citoyen, simplifier les procédures et donner de la teneur à la démocratie.

 

Plus ou moins de régions?

 

Le débat sur le nombre de régions que doit compter le pays est passionnant. Citons ici deux exemples de partis politiques qui ont des opinions diamétralement opposées sur ce sujet. Pour le PJD, le territoire est intimement lié à la performance économique des régions. Le fait que le Maroc passe de 7 à 16 régions s'explique par cette amélioration de l'économie nationale en 25 ans, de 1971 à 1996, nous explique Lahcen Daoudi, membre dirigeant du parti de la lampe. Aujourd'hui, le Maroc n'est plus dans le schéma des seuls facteurs naturels étant donné que la capacité à produire des richesses s'est améliorée. Pour le PJD, il est primordial de passer à 23 régions.

Car, explique-t-on, la locomotive, allusion faite aux régions riches, ne peut tirer des wagons vides. D'où l'importance pour le parti de donner à un plus grand nombre de régions les moyens de leur propre essor économique. Et ce, de manière à ne pas reproduire le centre localement, argue Daoudi. A l'antipode de cette vision, M'hamed Grine, membre du BP du PPS, estime qu'il faut réduire le nombre des régions à dix avec une ouverture sur la mer pour chacune. A titre d'illustration, la région de Meknès doit avoir comme débouchée le port de Kénitra et Marrakech celui d'Essaouira. Le PPS qui avait tenu, il y a deux ans, une université d'automne sur la régionalisation et présenté un document commun avec la Koutla, insiste sur la suprématie de la législation nationale qui doit prendre le dessus sur celle de la région. Plus encore, le premier responsable exécutif de la région, selon Grine, doit être responsable devant le conseil régional, mais aussi devant le Parlement national.

Source : Le Matin

 

RepèreS :

 

Les spécialistes estiment que 90% des budgets des communes servent à payer les salaires.

 

Le PJD prône le passage à 23 régions, tandis que le PPS pense qu'il faut les réduire à 10.

 

En 25 ans, le Maroc est passé de 7 à 16 régions à l'issue d'un processus privilégiant le développement économique.



10/03/2010
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