Almadina Concept

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05.12.2009 - La Conjoncture : Doubaï, La folie des grandeurs

La Rubrique – La Conjoncture :

 

La folie des grandeurs d'un

émirat bâti sur le

sable et l'endettement

Le rêve était trop beau pour durer. Après dix ans de boom économique, Dubaï s'enfonce dans les sables mouvants de la crise. Déjà secoué, en fin d'année dernière, par la récession mondiale, le petit émirat semblait se remettre, peu à peu, du choc. Mais c'était sans compter sur le second, cette fois-ci plus fatal : celui de l'annonce, mercredi 25 novembre, du rééchelonnement de la dette de deux de ses principaux groupes, le géant Dubai World et sa filiale immobilière Nakheel. Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Estimée à 60 milliards de dollars, la dette de Dubai World représente, à elle seule, plus des deux tiers de la dette de Dubaï.

 

Coïncidence ou volonté d'éviter la panique ? La nouvelle a été rendue publique à la veille de la fête de Thanksgiving, et deux jours avant les festivités de l'Aïd - qui marquent la fin du grand pèlerinage musulman de La Mecque. Ce vendredi, l'émir local s'est voulu rassurant en vantant la «large assise» de l'économie de Dubaï. Les apparences sont, il est vrai, trompeuses. Tout visiteur de passage à Dubaï est ébloui par la façade clinquante et faussement sereine de ce supermarché géant aux allures de Las Vegas, bâti en plein milieu du désert, et qui vient juste d'inaugurer son nouveau métro ­aérien. Entre l'imposante Burj Dubaï (la tour la plus haute du monde, avec ses 818 mètres) et le luxueux hôtel Atlantis rose coquillage, construit sur une île artificielle en forme de palmier, les constructions les plus irréalistes y ont vu le jour au cours de ces dernières années.

 

Spéculation à tout va

 

Autant de projets à l'image des ambitions d'un homme visionnaire, Cheikh Zayed, ex-président de la fédération des Émirats arabes unis (décédé en 2004), qui misa, dès les années 1970, sur trois piliers : le tourisme, le commerce international et l'immobilier. Avec succès. Mais la folie des grandeurs a fini par jouer des tours à ses héritiers. «Nous sommes au bord de la faillite», trépigne aujourd'hui un grand promoteur immobilier, proche du système, et qui préfère taire son nom. «Depuis la fenêtre de mon bureau, le spectacle n'est pas réjouissant : de nombreux chantiers ont été suspendus et les grues ne bougent plus», remarque-t-il.

 

Au cours de ces derniers mois, des dizaines de gros projets ont été reportés sine die. L'offre étant désormais supérieure à la demande, les prix de l'immobilier auraient, selon les promoteurs, chuté de 40 % en un an. À l'origine de cette dégringolade vertigineuse : la spéculation à tout va qui a poussé, au pic de la frénésie immobilière, de grands groupes à investir dans une multitude de projets, en empruntant auprès des banques et des investisseurs locaux et étrangers. Rattrapés par la crise, ils se retrouvent incapables de rembourser leurs dettes.

 

Certains grands groupes ont dû mettre la clef sous la porte, tandis que de nombreux expatriés venus s'enrichir à Dubaï se retrouvent au chômage. Ils font leurs valises en laissant, derrière eux, des ardoises colossales. «Je songe à partir au plus vite avant de me faire épingler», reconnaît Reza, un investisseur irano-canadien installé à Dubaï depuis six ans, et qui peine à éponger ses dettes. Plusieurs entreprises de BTP attendent depuis des mois des chèques qui ne viennent pas.

 

La famille régnante tremble en cachette. Dépassé par la crise, cheikh Mohammed Ben Rachid al-Maktoum tente de faire discrètement le ménage dans son entourage. La semaine dernière, d'importants ténors ont été remerciés. Parmi eux, Omar Ben Sultan, le gouverneur du Centre financier international de Dubaï, un des architectes de l'envol économique du petit émirat. Le week-end de l'Aïd s'annonce pimenté.

Source : Le Figaro



05/12/2009
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